Processus de création
Je travaille presque exclusivement d’après modèle vivant.
Mon dessin est spontané, vif, posé sur le papier en quelques minutes. Je travaille comme un sculpteur : j’affine les masses, j’ajuste les volumes, j’écoute ce que le trait me dit. On entend souvent mon trait gratter le papier ; c’est bruyant, sec, rythmé. Je dessine en accéléré. C’est un rapport direct, instinctif, que rien ne remplace.
Je n’ai pas d’état d’âme avant une séance : je choisis mon outil en fonction de la pose du modèle, je m’installe, et tout s’enchaîne. Une séance ressemble à un sprint. Le modèle prend la pose, le minuteur démarre, et je dessine pendant deux, cinq ou quinze minutes selon le rythme prévu. Cette contrainte du temps de pose est essentielle pour moi : elle m’empêche de m’appliquer, elle m’oblige à décider vite. Si je réfléchis trop, le dessin devient triste, académique, figé.
Je travaille mieux dans l’adrénaline du moment.
Dessiner est la seule activité qui me vide complètement l’esprit. Pendant ces instants, je ne pense absolument à rien d’autre : c’est presque de la méditation, un état de présence totale.
Les silhouettes que je trace sont rondes, élancées, sensuelles, mais jamais détaillées : pas d’yeux, pas de bouche. Je préfère suggérer plutôt que décrire. Parfois, je ne dessine qu’une moitié, une ligne d’épaule, un torse, une jambe. Le reste s’imagine.
J’utilise des encres, du fusain, du crayon, parfois du feutre.
Les encres sont posées pendant la séance, dans le même tempo que le trait. Les grands fonds colorés, rouges, ocres, bruns, sont travaillés ensuite, rapidement, pour garder la vibration du geste. Je dessine souvent sur de grands formats, sur des rouleaux de papier blanc ou kraft, pour ne pas être contraint par le support et laisser le geste se déployer librement. Mes dessins sont ensuite marouflés sur toile : cela leur donne une présence plus forte encore.
Je dessine avec la musique, presque toujours. Elle me donne un rythme, une impulsion supplémentaire.
Parcours
Je dessine depuis toujours, fasciné par cette machine incroyable qu’est le corps humain.
Après un passage éclair en Maths sup – où je savais que je n’étais pas à ma place – j’ai intégré les Beaux-Arts de Paris en architecture, un compromis entre le dessin et l’ambition d’avoir un “vrai métier”. J’y ai découvert un monde plus libre, plus vivant, où les professeurs se tutoyaient et où les rendus de fin d’année avaient quelque chose de magique. C’est aussi là que j’ai rencontré les ateliers de modèles vivants. Et j’ai découvert ce trait. Une révélation pour moi.
J’ai ouvert mon agence dans le Marais, où j’ai exercé pendant de nombreuses années en tant qu’architecte. J’aimais créer des espaces, mais il me manquait quelque chose de plus instinctif, de plus immédiat.
Vers quarante ans, tout bascule à nouveau. Une exposition, dans le Sud, montrant de grands dessins de nus. Le choc. J’ai compris que ce fil n’avait jamais réellement disparu. J’ai repris les ateliers collectifs, j’ai monté un atelier chez moi, et j’ai recommencé à dessiner, vraiment.
Puis j’ai commencé à exposer. La rencontre avec le public, la première vente, la sensation que ce que je fais touche quelqu’un… tout ça m’a conforté.
L’architecture est un monde de normes, de règles, de contraintes. Le dessin, lui, m’offre une liberté absolue. Quand je dessine, personne ne me bloque, personne ne me dit non. C’est mon espace. J’expose régulièrement en France et à l’international, et je continue, chaque jour, à chercher ce trait juste en un instant.